Le coût horaire d'un technicien est ce qu'une heure facturable coûte réellement à l'entreprise : le salaire brut, les charges patronales, les congés et les indemnités, les heures payées qui ne se facturent pas, les frais du poste et une part des charges fixes. Dans le bâtiment, il se situe entre 28 et 42 euros de l'heure en 2026 selon les sources professionnelles, pour un ouvrier qualifié. C'est presque toujours dix à quinze euros de plus que le chiffre que le dirigeant a en tête, parce que ce chiffre-là est un taux horaire brut, pas un coût chargé.
Pourquoi le taux horaire n'est pas le coût horaire
Un technicien payé 14,50 euros de l'heure ne coûte pas 14,50 euros de l'heure. Il coûte ce montant multiplié par les charges, réparti sur les seules heures qu'un client paie. Un salarié à temps plein est payé pour 1 607 heures par an. Il en facture entre 1 200 et 1 450, selon les sources professionnelles du secteur : le reste part en trajets non facturés, en formation, en intempéries, en attente de pièces, en temps de bureau et en journées de congés. Chaque heure non facturable renchérit les autres.
C'est ce mécanisme qui explique pourquoi une intervention facturée au « tarif habituel » peut perdre de l'argent sans que personne ne s'en aperçoive. Le tarif couvre le salaire ; il ne couvre pas les heures perdues.
Les cinq couches du coût horaire chargé
1. Le salaire brut
Le salaire de base, les heures supplémentaires structurelles, les primes récurrentes. Pour un ouvrier qualifié du bâtiment, on lit entre 2 000 et 2 600 euros brut mensuels selon la région et le coefficient, hors indemnités.
2. Les charges et les indemnités
Les cotisations patronales, la cotisation à la caisse Congés Intempéries BTP qui finance les congés payés, la prévoyance, la mutuelle, les paniers repas et les indemnités de petits déplacements. Selon le profil, le coût employeur représente entre 40 et 50 % de plus que le brut dans le bâtiment. Le cabinet comptable connaît le chiffre exact de chaque salarié : c'est lui qu'il faut utiliser, pas une moyenne.
3. Les heures qui ne se facturent pas
Le trajet du dépôt au premier chantier, le passage chez le grossiste, la formation d'habilitation, le jour d'intempéries, la demi-journée à attendre une pièce, le temps passé au téléphone avec le bureau. Ces heures sont payées. Elles ne sont sur aucune facture. Un technicien qui facture 1 350 heures sur 1 607 payées a un rendement de 84 %, et c'est un bon rendement.
4. Les frais du poste
Le fourgon et son carburant, son assurance, son entretien, l'outillage électroportatif renouvelé, les équipements de protection, le téléphone. Un fourgon utilitaire d'intervention coûte couramment entre 5 000 et 8 000 euros par an tout compris, selon le kilométrage et le mode de financement.
5. Les charges fixes, ventilées
Le loyer du dépôt, les assurances de l'entreprise, la comptabilité, le logiciel, le temps du bureau qui prépare les devis et relance les factures. Ces charges existent que le technicien travaille ou pas ; elles se répartissent sur les heures facturables de toute l'équipe.
Le calcul, sur un exemple
Les montants ci-dessous sont un exemple, arrondis pour se lire. Ils se remplacent par les vôtres, ligne par ligne.
| Ligne | Montant annuel | Par heure facturable |
|---|---|---|
| Salaire brut, 2 200 € × 12 | 26 400 € | |
| Charges et indemnités, 45 % du brut | 11 880 € | |
| Paniers et trajets, 220 jours | 2 640 € | |
| Coût salarial total | 40 920 € | 30,31 € |
| Fourgon, carburant, assurance, entretien | 6 500 € | 4,81 € |
| Outillage, équipements de protection, téléphone | 1 500 € | 1,11 € |
| Charges fixes de l'entreprise, part du technicien | 4 000 € | 2,96 € |
| Coût horaire chargé | 52 920 € | 39,20 € |
La division se fait sur 1 350 heures facturables, pas sur 1 607. Sur 1 607 heures, le même salarié coûterait 32,93 euros de l'heure ; sur 1 350, il en coûte 39,20. Six euros d'écart par heure, soit plus de huit mille euros par an et par technicien qui n'apparaissent dans aucun devis si l'on divise par les heures payées.
Les heures facturables, le chiffre qui change tout
Personne ne connaît ce chiffre de mémoire, et c'est le seul qui compte. Pour le mesurer, il faut savoir combien d'heures chaque technicien a réellement passées chez un client sur l'année, trajet compris ou non selon ce que vous facturez. Une feuille d'heures remplie le soir donne un ordre de grandeur ; un pointage au geste, « je pars, je suis sur place, j'ai terminé », donne le chiffre exact, par jour et par intervention.
Quand ce chiffre est connu, deux décisions deviennent possibles : fixer un taux horaire vendu qui couvre le coût chargé avec la marge voulue, et repérer ce qui fait baisser le rendement, c'est-à-dire les trajets à vide, les reprises pour pièce manquante et les journées perdues.
Ce que ça change sur un devis
Reprenons le remplacement d'un mitigeur, une heure sur place, un mardi après-midi. Facturé 140 euros comme d'habitude. Au coût horaire chargé de 39,20 euros, avec 40 minutes de trajet, le mitigeur à 38 euros d'achat, 25 minutes de devis au bureau et 15 minutes de facturation, l'intervention coûte autour de 143 euros. Elle perd trois euros, sans nuit, sans week-end, sans astreinte. Le dirigeant pensait en gagner soixante.
Trois euros, ce n'est rien. Multipliés par les interventions d'un mois, c'est le salaire de quelqu'un. C'est pour cela que le prix plancher d'une intervention se calcule à partir du coût horaire chargé, et jamais à partir du taux horaire brut.
Comment tenir le chiffre à jour
- Un coût horaire chargé par salarié, pas une moyenne d'équipe : un apprenti et un chef d'équipe ne coûtent pas la même chose.
- Une date d'effet à chaque changement : augmentation, passage de coefficient, nouveau fourgon. Une intervention de mars se calcule avec le coût de mars.
- Une révision par an au moins, avec le cabinet, à partir du coût employeur réel de l'année écoulée.
- Le rendement mesuré, pas estimé : les heures facturables réelles de l'année précédente.
Dans Torvis, ce coût horaire chargé est sur la fiche de chaque salarié, historisé par date d'effet, et il entre dans le coût de revient de chaque devis et dans la marge de chaque intervention terminée. Quand il manque, la marge affichée est fausse par construction, et le logiciel le dit en rouge plutôt que d'inventer une valeur. Le détail est sur la page tarification et prix plancher.
Repères de coût horaire et d'heures facturables : publications professionnelles du secteur consultées le 9 septembre 2026, notamment les guides de chiffrage des éditeurs de logiciels du bâtiment. Le coût employeur exact d'un salarié se lit sur le journal de paie du cabinet.